jeudi 16 février 2012

"Claustria" de R. Jauffret (Seuil)

Ce roman est atroce, chaque page est une souffrance, une sueur glaciale, une écharde à vif, mais impossible de l'abandonner, on passe outre le dégoût et la répulsion.
"Claustria" se veut un roman mais s'inspire d'un indicible fait divers : les 24 années de séquestration et d'inceste que Josef Friztl a imposé a sa fille à la fin du siècle dernier quelque part en Autriche, dans la cave de la maison familiale. A l'étage, la femme et mère, ne voulant se rendre compte de rien malgré les bruits épouvantables qui traversent les murs. Son homme lui a dit que sa fille était partie vivre dans une secte, trop facile d'y croire. Et ces bébés qui au fil du temps apparaissent, soi-disant abandonnés par cette fille indigne, elle les élèvent sans poser de questions. D'autres n'auront pas ce destin, ils grandiront dans la cave, développant leur propre langage, traînant le plus souvent à quatre pattes, devenant obèses malgré la malnutrition.
Pourquoi lire jusqu'au bout une histoire aussi suffocante? Grâce au talent de narrateur de R. Jauffret. Il n'écrit froidement pour faire du sensationnalisme, il ne signe pas un article du Nouveau Détective, non, il veut comprendre : il se met en scène en tant qu'enquêteur désirant se rendre sur les lieux, rencontrer les personnages, ce monstre de père, mais surtout sa prisonnière pour se glisser dans son esprit et partager sa peur, sa solitude, son désespoir, sa souffrance et sa dépendance.
Je ne saurai recommander ou conseiller avec légèreté "Claustria", c'est un roman bien trop terrible, mais je ne regrette en rien ces quelques heures douloureuses de lecture. 

vendredi 13 janvier 2012

"Un homme de tempérament" de D. Lodge (Rivages)

C'est le temps des biographies, après la vie très romancée de Charles Dickens par D. Simmons, voici que je me lance dans celle d'H. G. Wells par D. Lodge, beaucoup moins fantasque mais néanmoins tout aussi trépidante.
Quel Don Juan ce H. G. Wells, il tombait les femmes comme il noircissait les pages, de manière frénétique et passionnée, tout en restant très à l'écoute des évènements politiques de son temps. Impossible de résumer sa vie, il rencontra tellement de personnages haut en couleur, certains sont rentrés dans l'Histoire, d'autres l'ont profondément marqué. Il a parcouru le monde, des Etats-Unis à la Russie , pour rencontrer les grands, échanger et débattre de leurs idées. Sans oublier d'écrire encore et encore, rencontrant succès et déceptions, faisant couler beaucoup d'encre autant dans les revues littéraires que dans les tabloïds. Sa vie privée était aussi complexe, souvent choquante pour les traditionnelles moeurs anglaises : il prônait et mettait en pratique l'amour libre. Certaines femmes ont suivi, d'autres se sont éclipsées, ou parties pour mieux revenir, bref c'était un festival permanent de jupons autour de ce cher homme, et ce jusqu'à sa mort.
"Un homme de tempérament" est un récit très envolé mais aussi une belle peinture de la société anglaise de la première moitié du XX° siècle. Sur quel auteur allez-vous vous pencher dans votre prochain roman Mr Lodge? Quoique avec votre écriture toujours aussi élégante, Sir Lodge conviendrait mieux.

vendredi 11 novembre 2011

"Bad as me" de T. Waits & "Crazy clown time" de D. Lynch


Oh oh, c'est Noël avant l'heure, mon idole absolue (Tom Waits) et un de mes réalisateurs chéris (David Lynch), sortent chacun un album. 7 ans d'attente pour l'un (aussi interminable que 7 ans de malheurs), une surprise totale pour l'autre, et que du bonheur.

Tom Waits, égal à lui-même, sa voix inimitable travaillée par le temps, l'alcool et le tabac, nous offre des morceaux de blues cabossé, de rock déglingué, de balade douce amère, revisitant tous les styles musicaux chers à son coeur à sa manière.

01. Chicago (on s'imagine dans les bas-fonds enfumé d'un club de la Nouvelle Orléans)
02. Raised Right Men (ça part dans tous les sens, j'adore)
03. Talking At The Same Time (étonnante sa voix, comme une berceuse éraillée)
04. Get Lost (excité et très rock'n'roll)
05. Face To The Highway (genre de balade à écouter en regardant la pluie tomber)
06. Pay Me (lendemain de nuit arrosée)
07. Back In The Crowd (idéal pour se cacher sous la couette)
08. Bad As Me (déjanté comme j'aime, peut-être mon morceau préféré)
09. Kiss Me (avec le dernier verre de la soiréeà
10. Satisfied (ben non, finalement c'est ce morceau que je préfère)
11. Last Leaf (kleenex oblige)
12. Hell Broke Luce (plutôt militaire comme rythme, de mieux en mieux au fil des écoutes)
13. New Year’s Eve (ce n'est qu'un au revoir j'espère)

Le cas David Lynch. On n'est pas en terre inconnue, tout l'album est comme une réminiscence de ses films, les mêmes rythmes lancinants, des ambiances oniriques, étranges, des voix venues d'une autre dimension, "Crazy clown time" est un voyage fantasmagorique.

1. Pinky’s Dream feat. Karen O (le rêve commence avec la douce voix de Karen O)
2. Good Day Today (cold wave hypnotisante)
3. So Glad (balade lancinante au coeur d'un labyrinthe)
4. Noah’s Ark (en plein coeur du rêve)
5. Football Game (on est de l'autre côté du miroir)
6. I Know (distorsion, hallucination, on veut y rester)
7. Strange and Unproductive Thinking (trop étrange, inquiétant et tranquille en même temps)
8. The Night Bell With Lightning (mon morceau préféré)
9. Stone’s Gone Up (moment de tranquillité entre 2 rêves)
10. Crazy Clown Time (voix complètement dingue, rythme entêtant, j'adore)
11. These Are My Friends (doux et nostalgique)
12. Speed Roadster (regrets amers, le désespoir n'est pas loin et les larmes aussi)
13. Movin’ On (la fin du rêve arrive)
14. She Rise Up (non le rêve est sans fin, on est bien, on peut léviter)

Voilà, "Bad as me" et "Crazy clown time", 2 albums terribles. Tom Waits et David Lynch auraient pu inter-changer leur titre, ils sont chacun à leur manière déjantés, uniques, et nous amènent ailleurs.

dimanche 30 octobre 2011

"Le rêve du Celte" de M. Vargas Llosa (Gallimard)

Regardez cet homme à l'élégance désuète, au visage émacié, inquiet. Très belle photo sépia. C'est Roger Casement (1864-1916), tombé dans les oubliettes de l'Histoire. Plus désormais, et ce grâce à la plume déliée de  M. Vargas Llosa dont il fait le sujet principal de son nouveau roman "Le rêve du Celte".
Roger Casement a aimé plus que tout la liberté. Né près de Dublin, devenu diplomate, son existence entière ne sera que souffrances, morale et physique. Homosexuel en un temps où vous pouviez finir en prison pour ce genre de préférence, ses amours seront toujours cachées, brèves et honteuses. Ses fonctions de consul vont le mener dans des pays où il va user sa santé, plus d'un serait depuis bien longtemps rentré sous des latitudes plus clémentes, pas Roger Casement, son combat pour la liberté des hommes passait avant tout.
Tout d'abord nommé au Congo, il est de suite horrifié par les pratiques de la colonisation belge, la cruauté des contremaîtres, l'asservissement des autochtones, tout ça pour récolter le caoutchouc, matière première alors considérée précieuse. Il va passer des mois et des mois à parcourir chaque exploitation, à tenter de faire témoigner les esclaves, à noircir des pages et des pages qu'il garde et cache soigneusement, mais aussi à lutter contre les fièvres, la malaria et autres maladies tropicales. Son rapport est publié en 1904.
On l'envoie ensuite au Pérou dans la région du Pitimayo, enquêter sur les sombres agissement de la Peruvian Amazon Company, entreprise cotée à Londres. Roger Casement est témoin des mêmes atrocités qu'au Congo, et c'est avec un acharnement toujours aussi intact qu'il va les dénoncer, malgré une santé déclinante, et le climat de la forêt amazonienne ne va rien arranger.
Revenu dans sa patrie d'origine, c'est un autre combat qu'il va mener. L'Irlande est en pleine lutte pour son indépendance, d'anticolonialiste il va devenir nationaliste et rechercher l'alliance des Allemands. On est en pleine Grande Guerre, cela ne va pas plaire à tout le monde. Roger Casement est emprisonné, accusé de haute trahison et pendu le 3 août 1916.
C'est en lisant Conrad que M. Vargas Llosa a eu connaissance de ce personnage historique. Roger Casement et Conrad se sont rencontrés au Congo, leur rencontre impressionna autant l'un que l'autre. Il est écrit en couverture que c'est un roman, mais "Le rêve du Celte" est la très émouvante biographie d'un grand homme, avec ses passions, ses tourments et ses démons. Ah si l'Histoire pouvait toujours être ainsi contée...

dimanche 23 octobre 2011

"Drood" de D. Simmons (R. Laffont)

Cela faisait fort longtemps qu'un D. Simmons n'avait point hanté mes nuits. Il a toujours l'art et la manière de subjuguer, quel que soit le genre qu'il décide de célébrer, space opéra, fantastique, thriller...
Avec "Drood", il offre un puissant hommage à la littérature. Décor : Londres. Temps : les années 1865-1870. Personnages : rien de moins que Charles Dickens et Wilkie Collins. Je n'ai malheureusement encore rien lu du légendaire premier, en revanche les romans du second, plusieurs oui. La vie de C. Dickens a inspiré de nombreux biographes, néanmoins ses dernières années peu ; c'est sur cette période plutôt laissée dans l'ombre que D. Simmons s'est plu à laisser courir son imagination débordante, en prenant pour point de départ le spectaculaire accident de train dont a été victime l'illustre écrivain en 1865.
Tout est vécu au travers des yeux de W. Collins, tout aussi prolixe mais moins reconnu que C. Dickens. Ils sont proches collaborateurs; autant amis intimes (le frère de l'un a épousé la fille de l'autre) au quotidien que concurrents admiratifs dans la vie littéraire. A noter au passage que D. Simmons retrace à merveille l'univers des écrivains à succès, les coulisses d'une revue, d'une tournée, et l'on croise furtivement quelques figures de ce temps-là.
C. Dickens a laissé un roman inachevé, "The mystery of Edwin Drood", ah Drood, c'est lui qu'a choisi D. Simmons pour bouleverser la vie de nos 2 compères. Il apparaît lors de ce fameux déraillement de train, C. Dickens le voit se pencher sur les victimes, les accompagnant au-delà de la mort, il n'a alors de cesse de le retrouver et transmet son obsession à W. Collins. C'est le début d'une poursuite dans les bas-fonds de Londres, jusqu'aux catacombes, on plonge alors dans le fantastique et les hallucinations. Faut avouer que ce cher narrateur est loin d'être du genre sobre, il a une addiction certaine au laudanum (qu'il absorbe par tasses entières) qui brouille ses pensées, ses actes et donc ses écrits. Que reste-t-il de véridique dans ce journal posthume?
"Drood" est un magistral pavé, une belle peinture du milieu littéraire à l'époque victorienne et une réflexion sur l'écrivain, son travail, ses démons intérieurs.

lundi 10 octobre 2011

"Drive" de N. Winding Refn

Beaucoup de noms illustres dans le générique de "Drive" : James Sallis pour la base historique, Angelo Badalamenti pour la musique, et pour les seconds rôles, des comédiens issus de séries adorées (Bryan Cranston, Christina Hendricks, Ron Perlman). Plutôt bien parti pour que j'aime d'emblée.
La séquence pré-générique (de presque 10 minutes), rien qu'à elle vaut le détour, et est en bonne voie pour devenir un moment d'anthologie. On peut y voir un hommage à W. Friedkin et son "Police Fédérale Los Angeles" avec une course poursuite en voiture des plus efficaces, presque muette, tout dans le bruitage et le montage.
En une séquence, le portrait du héros est posé : jeune, charismatique, la blondeur d'un ange, un sang-froid impressionnant, pas de roulage de mécanique, pas beau parleur, lui et sa voiture ne font qu'un. Son nom, jamais dévoilé. Il est cascadeur à Hollywood et garagiste, et à ses heures perdues chauffeur, mais pas pour les célébrités, pour les truands.
Un jour, il fait la connaissance de sa nouvelle voisine, on dirait une petite fleur des champs, simple et adorable. Elle est la maman d'un bambin aussi chou qu'elle. Un regard, un sourire et une belle histoire pourrait commencer. Le hic : le papa est en détention, et justement il sort. Oh ce n'est pas le pire des méchants, il adore sa famille et veut tout faire pour retrouver le bonheur d'antan, mais parfois on ne sort pas seul de prison, les dettes suivent. Et notre héros, en chevalier servant va voler à leur secours en proposant ses services de conducteur hors pair.
"Drive" mérite amplement son Prix de la Mise en Scène décerné au dernier Festival de Cannes. N. Winding Refn alterne avec maestria les scènes d'action, de violence (qui arrivent sans crier gare) et d'amour (tout en délicatesse, pas de sexe tapageur, pas de sexe tout court d'ailleurs, c'est la douceur des premiers émois). Le genre de film qui marquera l'année, voire la décennie.

jeudi 8 septembre 2011

"1Q84 livre 1"d'H. Murakami (Belfond)

La trilogie tant attendue d'H. Murakami enfin éditée, du moins en partie. Un tel début de rentrée, l'année s'annonce bien.
"1Q84" retrace le parcours de 2 êtres hors du commun. Ils se sont croisés une fois dans leur enfance, à l'école, l'année de leurs 10 ans. Lui c'est Tengo, elle Aomame ; bien trop timides pour parler, une poignée de main semble avoir sceller leurs destins à jamais. Des années durant, ils vont songer l'un à l'autre, sans toutefois effectuer aucune recherche pour se retrouver, le hasard c'est bien plus romanesque. Tengo va devenir professeur de maths et écrivain à ses nombreuses heures perdues, avec la reconnaissance de ses élèves mais sans la gloire d'être encore publié. Aomame encadre des cours de gym et de stretching dans une salle de sport et devient à l'occasion une redoutable tueuse à gages durant ses moments de liberté. Ils viennent tous 2 d'atteindre la trentaine au début du roman.
On propose à Tengo de réécrire le premier roman d'une lycéenne de 17 ans, Fukuari ,aussi mystérieuse et mature que son minois est joli et sa poitrine adorablement dessinée. Elle a une imagination débordante et poétique mais souffre de dyslexie. Quant à Aomame, elle semble depuis peu (depuis son dernier contrat) dériver dans un monde parallèle, mais poursuit mine de rien son quotidien, ses cours particuliers, ses visites à sa plus fidèle cliente et aussi commanditaire. Elle se lie pour la première fois avec une jeune femme, mais prudemment car elle est policière. Un autre contrat se présente, très délicat celui-là mais incontournable à ses yeux : éliminer le gourou d'une secte.
H. Murakami alterne les chapitres sur Tengo et Aomame, distillant tout du long des éléments de leur passé et dévoilant les dessous sombres de la société japonaise (la maltraitance conjugale, les communautés sectaires...) et s'interrogeant sur l'âme humaine (la recherche de soi, le chemin de la plénitude...).
Premier volet dévoré en quelques heures, quand sera-t-il du second?

vendredi 26 août 2011

"Le dernier testament de Ben Zion Avrohom" de J. Frey

Ben Jones vit simplement : il est gardien sur un chantier et habite un immeuble où il est le seul blanc. Il aime boire jusqu'à l'ivresse, fréquenter les call-girls et les prostituées, et jouer aux jeux vidéo. Il a la trentaine et semble bien solitaire. Un jour sa vie bascule : un terrible et inexplicable accident de chantier qui normalement aurait du l'envoyer 6 pieds sous terre bouleverse à tout jamais son existence et celle de tous ceux qui vont le croiser ou le côtoyer.
Jones n'est pas son vrai nom, il est en réalité Ben Zion Avrohom, brebis galeuse d'une famille juive, martyrisé par son père, jeté dehors par son frère, seulement adoré par sa mère et sa petite soeur. De cet accident naîtra un autre homme, souffrant de crises d'épilepsie effroyables, touché par la main de Dieu aux dires de tous, aux propos mystiques, toujours en mouvement, en quête... et si c'était le Messie? Sauf que ses actes sont plutôt inattendus et offenseraient les plus pieux, il honore (au sens biblique) indifféremment hommes et femmes, n'est pas contre l'avortement et crée des communautés genre armée de l'ombre ou l'amour tous ensemble en pleine nature.
James Frey s'est imaginé ce que ferait le Messie débarquant à New-York de nos jours. C'est très irrévérencieux, drôle, caustique, et surtout merveilleusement bien raconté : à plusieurs voix, celles de ceux qui ont croisé le chemin de ce phénomène, chacune avec ses spécificités linguistiques, donnant ainsi au récit des intonations différentes et de la vivacité. Ce roman me rappelle celui de Christopher Moore "L'agneau" (sorti en 2004 chez Gallimard) qui imaginait la vie du Christ entre ses 12 et 30 ans dans un genre déjanté et ébouriffant.

vendredi 5 août 2011

"Hanna" de J. Wright

Hanna est une ado. Elle vit dans la forêt quelque part dans un coin glacial de la Finlande. Elle ne connait la vie qu'à travers les livres et le savoir que son père Erik lui lit et transmet chaque soir. C'est une véritable encyclopédie vivante, elle parle couramment plusieurs langues. Mais sa beauté diaphane est trompeuse, elle chasse pour manger, vise comme un tireur d'élite, se bat avec la force d'un homme et se déplace avec l'agilité et l'endurance d'un ninja.
A 16 ans, elle se sent prête à découvrir le monde, sauf qu'il ne sera pas question de bal de débutante pour elle mais plutôt d'une mission doublée d'une chasse à l'homme. Hanna et son père ne se sont pas isolés du monde par plaisir des grands espaces et envie de retour à la nature, mais parce qu'ils font partie d'un programme de la CIA des plus obscurs et contraire à l'éthique.
"Hanna" est un mélange de genres : thriller efficace avec des séquences de poursuites remarquables et des combats musclés, et quête initiatique avec la découverte du monde réel et les premiers émois de l'adolescence. Le tout rythmé par la musique des Chemical Brothers et illuminé par la beauté de la jeune actrice irlandaise Saoirse Ronan.
"Hanna" est définitivement mon coup de coeur cinématographique de cet été.

vendredi 17 juin 2011

"Mississippi" d'H. Jordan ((10/18)

1939 en Amérique. Laura a 31 ans. Tandis que toutes ses jolies soeurs sont mariées, elle enseigne l'anglais dans une école privée pour garçons, le corps aussi vierge qu'à son adolescence. Un dimanche, son frère Teddy invite à déjeuner son nouveau patron. Ainsi Henry, 41 ans, entre dans la vie de Laura. Ils se marient, 2 filles naissent  et vivent un bonheur tranquille durant 6 ans.
Puis au lendemain de la guerre, Henry annonce qu'il a acheté des terres dans le Mississippi, tout le monde doit suivre, y compris l'acariâtre beau-papa. Le quotidien douillet de Laura s'effondre, désormais ses filles et elle pataugeront dans la boue, et vivront dans un taudis sans eau courante ni électricité. La vie est dure et nauséabonde avec pour seule aide Florence dont Henry embauche le mari Hap pour le travail aux champs. On se croirait revenu un siècle en arrière, l'Amérique s'est glorifiée avec le débarquement outre-Atlantique mais au fin fond de ses terres, ce n'est que racisme et ségrégation envers les noirs qu'elle n'a pourtant pas hésité à envoyer au front. Toute cette ambiance malsaine pèse sur Laura qui apprécie Florence.
Un jour rentrent au pays Jamie, le frère cadet d'Henry et Ronsel, le fils de Florence et de Hap. Jamie malgré ses blessures profondes est comme un rayon de soleil dans la vie de la ferme. Il boit beaucoup mais il est tellement charmeur, toutes les filles l'adorent. Pour Ronsel, le retour est terrible, il n'est plus le soldat libérateur, il est redevenu un noir dans un pays où certains enfilent une cagoule blanche quand ils n'ont pas le courage de lyncher à visage découvert. Jamie et Ronsel vont se fréquenter et personne ne verra cela d'un bon oeil.
"Mississippi" est le premier roman d'Hillary Jordan. Il est d'une force étonnante. Par son histoire bien sûr mais aussi par sa narration. Elle a choisi de donner la parole à tous ses personnages principaux, Laura, Henry, Jamie, Florence, Hap et Ronsel. Le lecteur ne peut être plus proche d'eux et s'y attacher. Néanmoins, il aurait aussi été intéressant de voir à travers les yeux haineux de Pappy, le redoutable beau-père tyrannique.
"Mississippi" est une chronique des jours ordinaires, une émouvante balade dans l'Amérique profonde des années 40.