samedi 29 mai 2010

"Là où vont nos pères" de S. Tan (Dargaud)

Dans le catalogue Dargaud existe une magnifique collection, "Long courrier". L'album "Là où vont nos pères", sorti en 2007 en est un des plus beaux one-shot. La couverture avec son ton sépia, son dessin au trait délicat chatouille l'oeil. Et sur les 128 pages intérieures, tout n'est que douceur, onirisme et splendeur. Aucune bulle le long du récit, place au dessin et à l'imagination.
L'histoire : celle d'un homme amené à quitter sa famille pour trouver un meilleur avenir ailleurs, son arrivée dans un pays inconnu, sa nouvelle vie, ses difficultés à s'intégrer. En l'absence de texte, tout n'est pas évident au premier abord, qu'importe, on s'immerge dans les planches, subjugué par les petites vignettes ou fasciné par les pleines pages. C'est trop beau, on se perd dans la contemplation, cet album est autant une oeuvre d'art qu'un récit graphique.


Alors, y'a de quoi s'oublier non?

mardi 11 mai 2010

"Brooklyn's finest" d'A. Fuqua

Faire régner l'ordre et la loi à New-York n'est déjà pas de tout repos, alors à Brooklyn... Sal, Eddie et Tango en arpentent depuis longtemps les rues chaudes. Ils ne se connaissent pas et mènent chacun leur vie différemment. Sal est marié, 3 enfants,des jumelles à venir et beaucoup de dettes. Eddie est en fin de carrière et ne trouve un semblant de réconfort que dans les bras d'une prostituée. Quant à Tango, c'est un infiltré chez les dealers du coin, flirtant dangereusement avec la légalité, au bout du rouleau. 3 destins qui ne devraient jamais se rencontrer mais à Brooklyn une affaire est souvent liée à l'autre.
A. Fuqua dirige à merveille son trio d'acteurs, Ethan Hawke, Richard Gere (trop bon de ne pas le voir en homme sexy de l'année) et Don Cheadle (mon chouchou) et dépeint un monde noir, violent et sans espoir. Ah nous sommes loin des films où être flic est le plus beau métier du monde!

jeudi 29 avril 2010

"Le goût des pépins de pomme" de K. Hagena (Anne Carrière)

Iris est bibliothécaire à Fribourg. A sa grande surprise, à la mort de sa grand-mère Bertha, c'est elle qui hérite de la maison familiale, située dans la campagne nord allemande, et non sa mère Christa ou une de ses tantes, Inga et Harriet. Au départ, aucune raison de garder cette vieille maison, elle prend cependant quelques jours pour régler cet héritage encombrant. Sitôt franchi le seuil, des odeurs douçâtres l'assaillent, les souvenirs affleurent, chaque pièce lui évoque un moment de son enfance. Ainsi découvre-t-on peu à peu le destin de cette famille dominée par les femmes.
"Le goût des pépins de pomme" est un délicieux récit sur le souvenir. K. Hagena écrit d'une manière très sensuelle : ses description du jardin sont fabuleuses, des odeurs nous assaillent, des images verdoyantes chatouillent l'oeil ; et ses personnages sont tour à tour drôles, tristes et émouvants. Le roman est à l'image de sa couverture, d'un charme désuet et acidulé.

mardi 27 avril 2010

"Le secret de Crickley Hall" de J. Herbert (Bragelonne)

Gabe Caleigh est ingénieur à Londres. Une de ses missions l'amène pour quelques mois hors de la capitale et hop il embarque sa femme, ses 2 filles et le chien dans une nouvelle maison en pleine campagne. Un changement de décor est le bienvenu car toute la famille traverse un drame : il y a un an disparaissait Cameron, leur adorable bambin dont le corps demeure jusqu'ici introuvable. Ne pas savoir s'il est toujours ou non de ce monde, voilà l'insupportable et chacun intériorise sa douleur à sa manière. Les voilà donc pour un temps locataires de Crickley Hall, une demeure inhabitée depuis fort longtemps, pas spécialement chaleureuse avec ses pièces fonctionnelles, seul le hall est remarquable, mais bon, un rayon de soleil et tout devrait être plus accueillant.
La première nuit n'est pas des plus paisibles, Crickley Hall est tout sauf silencieuse mais c'est souvent le cas dans les antiques maisons. Sauf qu'à voir l'attitude affolée du chien, plus d'un serait vite reparti dès le lendemain en se fiant à son instinct. Peu à peu la famille découvre la triste histoire de cette demeure, tout le monde au village la connaît : durant la Seconde Guerre Mondiale, elle servait d'orphelinat pour les enfants évacués des villes, tenue de main de fer par Augustus et Magda Cribben, frère et soeur, des fanatiques religieux, lui surtout. Mais en 1943 une inondation noie tout le village et depuis, Crickley Hall s'élève solitaire, désolée et crainte. Les lieux ne gardent-ils pas en mémoire les évènements tragiques? L'intrusion des Caleigh ne va-t-elle pas réveiller les fantômes, déranger les esprits?
Ce roman de J. Herbert ravira les amateurs de maison hantée. L'ambiance est étrange, oppressante, se dégagent des images tours à tours poétiques, glaçantes ou effrayantes. Idéal à lire la nuit bien au chaud sous au moins 3 couettes.

samedi 3 avril 2010

"Orages ordinaires" de W. Boyd (Seuil)

Adam Kindred est climatologue. Il est à un tournant de sa vie : après plusieurs années passées aux Etats-Unis il revient à Londres, dans l'espoir d'obtenir un poste à l'Imperial College. L'entretien d'embauche semble prometteur. Pour se détendre, il mange au restaurant. Par hasard il y fait la connaissance d'un autre scientifique le Dr Philip Wang. Rencontre anodine qui va bouleverser sa vie. En une soirée son existence bascule, pour avoir été au mauvais endroit au mauvais moment, il perd tout ce qui fait de lui un honnête citoyen. Traqué par les autorités et un tueur à gages, le voilà obligé d'entrer dans la clandestinité, de se terrer dans les bas fonds de Londres. Ah il en voulait du changement! Et c'est tout un monde underground qu'il découvre et toute une faune de débrouillards qu'il côtoie alors.
W. Boyd livre avec "Orages ordinaires" une très belle histoire d'initiation, de descente aux enfers et de rédemption.

samedi 27 mars 2010

"Le livre des morts" de G. Cooper (Le Cherche Midi)


Will Piper est agent du FBI, spécialité profiler. Lui est refilée une affaire qu'il souhaitait dès le début mais dont maintenant il se passerait bien à quelques mois de la retraite. Dans le lot est compris une partenaire, une jeune femme un peu trop plein d'enthousiasme et d'assurance qui semble en savoir beaucoup sur sa réputation d'alcoolo et de séducteur. Le duo aura des débuts difficiles. L'affaire : des victimes avec pour seul point commun d'avoir reçu un carte postale leur indiquant le jour de leur mort. Ainsi naît le tueur de l'Apocalypse, avec des modes opératoires différents ce qui est tout à fait inhabituel.
Mais ce n'est pas tout, ce qui ressemblerait à un thriller traditionnel palpitant se double d'un fond historique. En parallèle, G. Cooper nous conte 2 autres histoires. Celle d'une part de la zone 51 avec un retour en 1947 avec ses mystères qui ne sont peut-être pas si verts que cela. Et d'autre part celle de l'île de Wigh au large de l'Angleterre et de son monastère, avec un grand bond dans le passé pour nous retrouver en plein Moyen-Age. Ces chapitres sont les plus réussis et le suivant est toujours attendu avec une grande impatience.
G. Cooper avec son "Livre des morts" fait une très belle entrée dans le monde du thriller, impossible de lâcher son roman avant la fin, vite que son deuxième soit traduit.

lundi 15 mars 2010

"Les visages" de J. Kellerman (Sonatine)

Le talent est parfois héréditaire, et quand on est la descendance de Faye (dont je ne connais pas encore les écrits) et Jonathan (dont j'adore certains thrillers) Kellerman, on est attendu au tournant. Voilà donc "Les visages" et c'est palpitant du début à la fin.
Ethan Muller est galeriste, ses préférences, l'art brut. Issu d'une famille de bâtisseur d'empire, donc fort riche, ses relations avec son père ne se font que par l'intermédiaire d'un domestique, Tony, qui un jour lui présente les dessins d'un certain Victor Cracke, disparu semble-t-il de la circulation. Coup de foudre pour ces dessins, une expo est immédiatement organisée, les critiques sont élogieuses, les zéros s'accumulent sur les chèques, tout va pour le mieux dans le monde fermé des arts. Mais ces oeuvres éveillent la mémoire d'un policier à la retraite et mourant, certains visages dessinés seraient les portraits d'enfants disparus plusieurs années auparavant. Ethan Muller va donc se lancer à la recherche de l'artiste, mais c'est comme poursuivre une fantôme.
En parallèle est comptée l'histoire de la famille d'Ethan Muller, de ses ancêtres, de leur arrivée dans le Nouveau Monde, de leur difficile et prodigieuse ascension sociale. Pas de grand renversement de situation, tout est doucement distillé au fil des pages, mais la surprise n'en est pas moins là au terme de ce fabuleux thriller. Cela peut étrangement faire penser aux premiers romans de P. Auster (du temps de "Moon Palace" ou du "Léviathan) : ce n'est pas qu'un thriller dans un milieu chic et élégant, c'est aussi toute la saga d'une famille.

vendredi 12 mars 2010

"Shutter Island" de M. Scorcese


Voilà encore une adaptation d'un de mes auteurs favoris, D. Lehane, et par M. Scorcese. Très attendue.
Shutter Island, c'est un Alcatraz pour les névrosés et autres déséquilibrés mentaux dont plus personne ne veut sur le continent américain, une île seulement desservie par un ferry quotidien, quand le temps ne fait pas des siennes. Nous sommes en 1954, en pleine guerre froide. Débarquent le marshall Teddy Daniels et son partenaire Chuck Aule pour élucider la disparition d'un des patientes, Rachel Solando là pour avoir noyé ses 3 enfants. L'enquête s'annonce difficile, le directeur est étrange, les soignants hostiles et les patients... ben interroger des dingues n'est pas chose aisée. Sans compter que Teddy Daniels est rongé par un passé tourmenté et des démons intérieurs. Une histoire de fous dans un espace inquiétant et oppressant, qui en ressortirait indemne?
"Shutter Island" est un huis-clos, une plongée dans la folie, serti par des décors gothiques, une lumière en clair obscur et une très belle interprétation. Et très fidèle au roman.

jeudi 11 mars 2010

"Invisible" de P. Auster (Actes Sud)


1967, New-York, une soirée mondaine où s'ennuie Adam Walker, jeune auteur. L'aborde un couple excentrique et aisé, lui Born, universitaire bouillonnant, elle Margot, sulfureuse créature. Cette rencontre semble changer le destin d'Adam, Born lui propose de diriger et publier la revue culturelle dont rêve tout écrivain.Mais comme se définit si bien Born, il est un "spécialiste du désastre", dans quelle histoire trouble Adam va-t-il se retrouver? C'est la première partie du nouveau roman de P. Auster, "Invisible".3 suivront.
P. Auster revient à ses récits à tiroir, du temps de sa Trilogie new-yorkaise. A chaque partie un point de vue différent, avec saut dans le temps et l'espace. A quel narrateur se fier? A nous de reconstituer le puzzle. Et quand on pense cerner la vérité...
"Invisible" ne se repose pas, il se lit jusqu'au bout, avec délice mais à trop grande vitesse.

mercredi 24 février 2010

"Le visiteur du Sud" 1 & 2 de O. Y. Jin (Flblb)



Attention, énorme coup de coeur pour le manwha de Oh Yeong Jin, "Le visiteur du Sud, le voyage de Monsieur Oh en Corée du Nord".
Pourtant au premier abord le dessin n'est guère séduisant, enfantin, simpliste, impossible d'imaginer des asiatiques sous ces traits caricaturaux, mais la magie opère vite.
Oh Yeong Jin travaille dans le bâtiment en Corée du Sud. Pour améliorer sa situation, il accepte une mission de plusieurs mois en Corée du Nord et c'est le récit de son aventure qu'il nous offre. Comme lui nous découvrons un pays dont nous savons seulement qu'il vit totalement refermé sur lui-même, hostile au monde extérieur, sous régime dictatorial.
Rien que son voyage aller n'est pas des plus simples, l'obtention du visa est un véritablement marathon administratif, et ensuite pour se rendre en Corée du Nord, la frontière entre les 2 pays étant infranchissable, il faut obligatoirement passer par la Chine.
Le récit est découpé en séquences dévoilant des tranches de vie du quotidien ouvrier, et rythmé par des pages explicatives sur l'histoire du pays, comme un manuel scolaire sans le côté austère. L'oeil de l'auteur est plein de curiosité et d'interrogation, ses réflexions très fines et sensibles. C'est même parfois drôle. Cette manière naïve et touchante de découvrir et faire découvrir un monde terrible fait toute la force de ces 2 albums. A découvrir absolument.