Un nouveau Q. Tarentino, moi je cours vers la première salle obscure. Et j'adore. Je n'imagine même pas un jour pouvoir être déçue. Il est tout ce que j'aime dans le 7ème Art, des séquences d'anthologie (en ouverture et tout du long), des scénarii décapants, une narration en chapitres (donc littéraire), des mises en scène stylisées, des bandes son jouissives...
"The hateful Eight", un de plus que j'aime, et f... les critiques peu enthousiastes (lues après). Parce que c'est un retour aux sources et "Reservoir Dogs" demeurera à jamais parmi mes films favoris. Un huis clos donc, en version plus longue et sauce spaghetti épicée.
7 hommes et une femme qu'une tempête de neige enferme dans un relais de diligence en pleine montagne. Certains se connaissent, d'autres non mais tous ont un rapport avec Daisy Domergue, une hors-la-loi destinée à la pendaison. Qui est avec qui, qui est contre qui, qui survivra aux autres, tout est là. Ca parlotte, ça cloue, ça crache, ça provoque, ça frappe et ça tire dans tous les sens sur tout ce qui bouge ou ne bouge plus, car au final, un flingue est plus efficace que tout.
Si on a envie de western, de règlements de compte, de bain de sang, de revoir Tim Roth, Michael Madsen ou Jennifer Jason Leigh (trop rares sur les écrans) ou d'écouter la nouvelle partition d'Ennio Morricone, en avant pour le dernier Q. Tarentino.
dimanche 10 janvier 2016
lundi 31 août 2015
Intétieur nuit/M. Pessl (Gallimard)
Rentrée littéraire suite, côté étranger, et le hasard (lecture de la quatrième de couverture et du premier paragraphe) est une fois de plus bienheureux : "Intérieur nuit" est un joyau, une pépite, une histoire extraordinaire à affoler les boîtes de production du 7ème Art et les casting.
Tout est cinématographique dans ce roman, le titre, le charisme des personnages, les décors, l'intrigue, la narration.
Scott Mc Grath, journaliste redoutable, tenace et talentueux a connu des jours meilleurs : tout ce qu'il a semble commencer par ex, ex-boulot, ex-femme, vite, il lui faudrait une bonne enquête pour se détourner de son seul compagnon actuel, le pure malt. Une nuit il fait une rencontre hallucinatoire dans un parc : une silhouette joliment enveloppée d'un manteau rouge apparaît et réapparaît au détour d'une allée, d'un arrêt de bus pour finalement disparaître comme dans un rêve. Et peu de jours après un fait divers dans les journaux l'interpelle : le suicide de la fille de Stanislas Cordova, un monstre sacré du cinéma fantastique dont la renommée sulfureuse avait titillée sa curiosité de journaliste et lui avait valu un procès pour diffamation. Mais ne serait-ce pas une nouvelle investigation inespérée pour se sauver de lui-même? Assisté par deux acolytes peu ordinaires (mais rien de l'est ici) ce sera une plongée dans le passé d'un réalisateur mythique qui joue l'Arlésienne depuis des années. On visitera un Manhattan proche de Gotham, un institut pour névrosés qui rappelle Arkham, un domaine fantasmagorique semblable à Xanadu, un site Internet visible que par les geeks de génie... bref des péripéties entre cauchemar et réalité, une histoire de dingues à rendre la nuit blafarde.
A découvrir, à relire, à offrir, soit on détestera et laissera tomber au bout de quelques pages, soit on deviendra accro et les 700 pages seront dévorées en moins de jours qu'on a de doigts sur une main.
Tout est cinématographique dans ce roman, le titre, le charisme des personnages, les décors, l'intrigue, la narration.
Scott Mc Grath, journaliste redoutable, tenace et talentueux a connu des jours meilleurs : tout ce qu'il a semble commencer par ex, ex-boulot, ex-femme, vite, il lui faudrait une bonne enquête pour se détourner de son seul compagnon actuel, le pure malt. Une nuit il fait une rencontre hallucinatoire dans un parc : une silhouette joliment enveloppée d'un manteau rouge apparaît et réapparaît au détour d'une allée, d'un arrêt de bus pour finalement disparaître comme dans un rêve. Et peu de jours après un fait divers dans les journaux l'interpelle : le suicide de la fille de Stanislas Cordova, un monstre sacré du cinéma fantastique dont la renommée sulfureuse avait titillée sa curiosité de journaliste et lui avait valu un procès pour diffamation. Mais ne serait-ce pas une nouvelle investigation inespérée pour se sauver de lui-même? Assisté par deux acolytes peu ordinaires (mais rien de l'est ici) ce sera une plongée dans le passé d'un réalisateur mythique qui joue l'Arlésienne depuis des années. On visitera un Manhattan proche de Gotham, un institut pour névrosés qui rappelle Arkham, un domaine fantasmagorique semblable à Xanadu, un site Internet visible que par les geeks de génie... bref des péripéties entre cauchemar et réalité, une histoire de dingues à rendre la nuit blafarde.
A découvrir, à relire, à offrir, soit on détestera et laissera tomber au bout de quelques pages, soit on deviendra accro et les 700 pages seront dévorées en moins de jours qu'on a de doigts sur une main.
jeudi 20 août 2015
La septième fonction du langage/L. Binet (Grasset)
1980 en France, oups, cela commence à remonter pour les quadra comme moi, c'est le fin fonds de l'enfance, les premiers souvenirs sans trop avoir conscience du climat social, historique et politique d'alors. Et bien voilà une jolie piqûre de rappel savamment administrée par Laurent Binet sous forme d'une fiction aussi délirante que jubilatoire.
"La septième fonction du langage" nous entraîne dans le sillage des intellectuels, des politiciens et des agitateurs d'une France en pleine campagne électorale. Point de départ : la mort de Roland Barthes, fauché par une camionnette en février 1980. Simple et tragique accident normalement, mais sous la plume d'un écrivain pas forcément : et si?...
S'ensuivent une intrigue façon polar, avec duo d'enquêteurs improbable (un inspecteur brut de décoffrage et un jeune maître de conférence), une enquête itinérante nous menant aussi bien en Italie qu'aux Etats-Unis, une plongée dans les arcanes du pouvoir, une leçon compréhensible de linguistique (oui c'est possible) mais le plus jubilatoire, c'est la galerie de personnages rencontrés au fil des pages. Etaient-ils aussi dingues et délurés en vrai? Probablement. Outre les deux candidats à la Présidentielle, on croise en vrac Foucault, Sollers, Kristeva, Edern-Hallier, Alhusser, Lacan, Eco... et même les frères Bogdanov même s'ils ne sont pas nommés mais de suite reconnaissables à leur "costume de cosmonaute (sans le casque)".
Bref, pour une fois j'ai adoré un roman français, peut-être parce qu'il ne s'attarde pas sur le nombril d'une même personne (généralement l'auteur) (et pourquoi il est comme ci et pas autrement?) mais sur toute une époque avec son contexte intellectuel et ses troubles, car dans "La septième fonction du langage" y'a quand même plus de vrai que de fiction.
"La septième fonction du langage" nous entraîne dans le sillage des intellectuels, des politiciens et des agitateurs d'une France en pleine campagne électorale. Point de départ : la mort de Roland Barthes, fauché par une camionnette en février 1980. Simple et tragique accident normalement, mais sous la plume d'un écrivain pas forcément : et si?...
S'ensuivent une intrigue façon polar, avec duo d'enquêteurs improbable (un inspecteur brut de décoffrage et un jeune maître de conférence), une enquête itinérante nous menant aussi bien en Italie qu'aux Etats-Unis, une plongée dans les arcanes du pouvoir, une leçon compréhensible de linguistique (oui c'est possible) mais le plus jubilatoire, c'est la galerie de personnages rencontrés au fil des pages. Etaient-ils aussi dingues et délurés en vrai? Probablement. Outre les deux candidats à la Présidentielle, on croise en vrac Foucault, Sollers, Kristeva, Edern-Hallier, Alhusser, Lacan, Eco... et même les frères Bogdanov même s'ils ne sont pas nommés mais de suite reconnaissables à leur "costume de cosmonaute (sans le casque)".
Bref, pour une fois j'ai adoré un roman français, peut-être parce qu'il ne s'attarde pas sur le nombril d'une même personne (généralement l'auteur) (et pourquoi il est comme ci et pas autrement?) mais sur toute une époque avec son contexte intellectuel et ses troubles, car dans "La septième fonction du langage" y'a quand même plus de vrai que de fiction.
mardi 14 juillet 2015
"Studs Terkel Working" sous la direction de P. Buhle (Editions çà et là)
Aux Etats-Unis Studs Terkel (1912-2008) est bien connu du milieu radiophonique pour ces illustres inteviews. Ses sujets de prédilection : l'homme, la société américaine et son évolution. Que du sérieux et du bien documenté. Peu après sa mort, Paul Buhle décide de superviser une adaptation graphique de ces témoignages : ainsi avec l'aide de Harvey Pekar, il fait appel à quelques uns des plus talentueux auteurs de la scène indépendante pour offrir un album absolument passionnant "Studs Terkel Working".
On part donc à la rencontre d'hommes et de femmes qui parfois se sont tués à la tâche, ont exercé leur profession avec une passion inimaginable, affronté les dures lois du marché, les préjugés, ou enchaîné les emplois pour à peine survivre. On ressent chacun de leur état d'âme : l'épuisement physique et moral, la frustation, la satisfaction du travail bien accompli ou l'envie de poursuivre autant que le corps suit.
Mon préféré, Elmer Ruiz le fossoyeur et son respect pour les morts :"Il y a environ cinq ans, on a eu un enterrement, le bonhomme pesait 180 KILOS. Il tenait pas dans le descendeur. On a bien un gros tracteur qu'on aurait pu prendre, mais CA AURAIT PAS FAIT BIEN, parce que descendre un cerceuil avec un tracteur, c'est comme si on descendait n'importe quoi. Faut du RESPECT... On l'a fait à la main. On était une demi-douzaine de gars."
Cet album, c'est une peinture de la société, pas seulement américaine : ces destins pourraient se vivre dans n'importe quel pays, à n'importe quelle époque passée présente et future. Il pourrait illustrer un cours d'histoire, de sociologie ou d'arts plastiques car chaque dessinateur apporte son univers graphique.
On part donc à la rencontre d'hommes et de femmes qui parfois se sont tués à la tâche, ont exercé leur profession avec une passion inimaginable, affronté les dures lois du marché, les préjugés, ou enchaîné les emplois pour à peine survivre. On ressent chacun de leur état d'âme : l'épuisement physique et moral, la frustation, la satisfaction du travail bien accompli ou l'envie de poursuivre autant que le corps suit.
Mon préféré, Elmer Ruiz le fossoyeur et son respect pour les morts :"Il y a environ cinq ans, on a eu un enterrement, le bonhomme pesait 180 KILOS. Il tenait pas dans le descendeur. On a bien un gros tracteur qu'on aurait pu prendre, mais CA AURAIT PAS FAIT BIEN, parce que descendre un cerceuil avec un tracteur, c'est comme si on descendait n'importe quoi. Faut du RESPECT... On l'a fait à la main. On était une demi-douzaine de gars."
Cet album, c'est une peinture de la société, pas seulement américaine : ces destins pourraient se vivre dans n'importe quel pays, à n'importe quelle époque passée présente et future. Il pourrait illustrer un cours d'histoire, de sociologie ou d'arts plastiques car chaque dessinateur apporte son univers graphique.
lundi 6 juillet 2015
"Rouge comme la neige" de C. De Metter (Casterman)
1896, dans l'hiver mordant du Colorado tentent de survivre Joddy MacKinley et son fils, sans pouvoir oublier la mort de son mari et surtout la disparition de sa fille six ans auparavant. Un jour un inconnu frappe à la porte de leur cabane et tout pourrait bien changer : dans la ville voisine un homme a été arrêté pour tentative d'enlèvement de môme. Il s'appelle Buck MacFly, et s'il détenait des informations sur son enfant chérie? Ni une ni deux, elle embarque fils et flingue afin de rencontrer le prisonnier en secret. Du fond de la cellule émergent des révélations pleines d'espoir, Joddy joue alors le tout pour le tout : elle fait évader Buck et les voilà partis pour une chevauchée blanche comme la neige et rouge comme le sang à travers les Rocheuses.
Bien, étant fan de western et une inconditionnelle de C. De Metter depuis ses débuts, cet album ne pouvait que me ravir. Incroyable comme cet homme maîtrise tous les genres, la chronique sociale ("Emma" ou "Le Curé"), le drame historique ("Le sang des Valentine"), le thriller ("Scarface") et maintenant le western crépusculaire. L'histoire est sombre, très sombre et désespérée, quant au dessin, il est à se prosterner comme d'habitude : monochrome et des traits de crayon apparents. "Rouge comme la neige" est une pépite à contempler avec admiration, à examiner dans tous les recoins, à chérir quelque part dans sa bibliothèque.
Bien, étant fan de western et une inconditionnelle de C. De Metter depuis ses débuts, cet album ne pouvait que me ravir. Incroyable comme cet homme maîtrise tous les genres, la chronique sociale ("Emma" ou "Le Curé"), le drame historique ("Le sang des Valentine"), le thriller ("Scarface") et maintenant le western crépusculaire. L'histoire est sombre, très sombre et désespérée, quant au dessin, il est à se prosterner comme d'habitude : monochrome et des traits de crayon apparents. "Rouge comme la neige" est une pépite à contempler avec admiration, à examiner dans tous les recoins, à chérir quelque part dans sa bibliothèque.
mercredi 10 juin 2015
Le héros discret/M. Vargas Llosa (Gallimard)
Enfin le retour de ce très cher Mario Vargas Llosa avec "Le héros discret" : pourquoi au singulier d'ailleurs? J'aimerais trop me retrouver en face de cet incroyable écrivain pour lui demander, et pas que ça. Au fil des ans son style est toujours aussi envolé, ses histoires truculentes et ses personnages attachants. Pourtant au départ, ils n'ont l'air de rien, ce sont des personnes qui tracent leur voie à partir de rien, s'adaptant aux évolutions sociales et affrontant les vicissitudes de la vie au mieux.Ici nous faisons tout d'abord connaissance avec Felicito Yanaqué : petit bonhomme maigrichon paisible, il est le patron d'une entreprise de transport florissante, trop pour certains, si bien que son monde est fortement perturbé lorsqu'il reçoit une lettre lui quémandant de l'argent contre une protection, du racket en somme, cela fleure bon la mafia. Mais le petit homme a sa fierté, inculquée par un père austère mais aimant, par principe il ne cèdera jamais à aucun chantage, et il fait ce que nul n'aurait osé, porter plainte auprès de la police et dire non par média interposé. Ainsi deviendra-t-il dans sa petite ville un révolté contre la corruption, un héros, et sa vie privée beaucoup moins à son grand désespoir, faut avouer qu'il cachait bien son jeu : depuis des années il entretient une jeune et jolie maîtresse...
Puis en chapitres alternés nous découvrons deux habitants de Lima : Ismael Carrera, un riche octogénaire qui pour éviter que sa fortune ne soit dilapidée par ses jumeaux fainéants et noceurs, épouse sa gouvernante à l'effarement de tous ; et Rigoberto (oui!!! Trop sympa de le retrouver!), son ami de toujours, soutien incontestable des fantaisies du millionnaire.
M. Vargas Llosa nous conte non seulement l'histoire d'hommes qui se dressent pour dire non, mais aussi nous dresse un portrait du Pérou moderne, en pleine mutation. Comme à son habitude, il rajoute une pincée d'épices bien aphrodisiaques et de bonnes cuillerées d'humour acéré pour nous offrir un roman bouillonnant, jubilatoire et réaliste.
lundi 1 juin 2015
Dans la colère du fleuve/T. Franklin et B. A. Fennely (Albin Michel)
Fin fonds du Mississipi, 1927, à la veille de la Grande Dépression : Hobnob est une petite ville mal protégée par une digue, hors les cieux se déchainent en pluies furieuses. C'est aussi le temps de la Prohibition et des bootlegers. Dixie Clay Holliver, jeune femme désabusée par son mariage, a choisi pour lutter contre l'ennui de distiller un des meilleurs bourbons du coin que son homme, Jesse le beau gosse revend. C'est aussi le temps de la corruption, des agents du fisc commandés par Hoover, qui se jouera l'un de l'autre du chat engraissé ou de la souris pas si innocente?
Dans ce déchainement des eaux débarquent les agents Ingersoll et Ham, aussi différents que complices, à la recherche de deux de leurs confrères mystérieusement disparus. Ils recueillent en chemin un bébé orphelin, et ne voulant point l'abandonner aux autorités partent en quête d'une mère. Ainsi vont-ils croiser Dixie Clay et Jesse.
"Dans la colère du fleuve", c'est une peinture d'époque soigneusement documentée, des rencontres émouvantes, les personnages sont attachants par leur fragilité et leur sincérité, des histoires d'amour tristes ou attendrissantes, bref un puissant roman du Sud rendant hommage aux faibles et oubliés animés par un extraordinaire instinct de survie.
Dans ce déchainement des eaux débarquent les agents Ingersoll et Ham, aussi différents que complices, à la recherche de deux de leurs confrères mystérieusement disparus. Ils recueillent en chemin un bébé orphelin, et ne voulant point l'abandonner aux autorités partent en quête d'une mère. Ainsi vont-ils croiser Dixie Clay et Jesse.
"Dans la colère du fleuve", c'est une peinture d'époque soigneusement documentée, des rencontres émouvantes, les personnages sont attachants par leur fragilité et leur sincérité, des histoires d'amour tristes ou attendrissantes, bref un puissant roman du Sud rendant hommage aux faibles et oubliés animés par un extraordinaire instinct de survie.
mercredi 6 mai 2015
"Moby Dick livre premier" de C. Chabouté (Vents d'Ouest)
Si les classiques vous effraient, surtout si ce sont des pavés de plus de 400 pages, n'ayez crainte, le 9ème Art vient à votre secours, il existe quelques adaptations des plus réussies, et cet album en est la preuve.
Honte à moi, je n'ai pas encore lu "Moby Dick", cela ne saurait tarder maintenant : il se trouve que Chabouté est un de mes créateurs de bd préférés, et ce depuis près de 20 ans.
Pour les non lecteurs d'Herman Melville, "Moby Dick" raconte la traque obsessionnelle du capitaine Achab à travers tous les océans, du monstre marin qui lui a fait perdre sa jambe. Le récit débute avec la rencontre du jeune Ismaël et de l'étrange Queequeg, forcés de partager le même lit dans une auberge, et de leur enrôlement à bord du Pequod, un navire légendaire dans le milieu des chasseurs de baleines. Voilà pour le fond, place à la forme.
Ceux qui me connaissent savent que je tombe à genoux devant le noir et blanc, que ce soit en photo, en film ou en dessin. Chabouté armé d'un crayon noir devient un magicien face à une page blanche : point de nuance grise ou anthracite, seulement le noir et le blanc délimités par des traits nerveux, précis. Il a la même puissance d'évocation que Marc-Antoine Matthieu et Andréas. L'album se divise en chapîtres débutant chacun par un extrait du roman, calligraphiés à la plume d'antan. Peu de dialogues, des mots naissent des images, mais des images se dégagent les ambiances et dans les silences...
"Moby Dick" est un album bijou, la suite est déjà sortie, qui va s'y précipiter?
Honte à moi, je n'ai pas encore lu "Moby Dick", cela ne saurait tarder maintenant : il se trouve que Chabouté est un de mes créateurs de bd préférés, et ce depuis près de 20 ans.
Pour les non lecteurs d'Herman Melville, "Moby Dick" raconte la traque obsessionnelle du capitaine Achab à travers tous les océans, du monstre marin qui lui a fait perdre sa jambe. Le récit débute avec la rencontre du jeune Ismaël et de l'étrange Queequeg, forcés de partager le même lit dans une auberge, et de leur enrôlement à bord du Pequod, un navire légendaire dans le milieu des chasseurs de baleines. Voilà pour le fond, place à la forme.
Ceux qui me connaissent savent que je tombe à genoux devant le noir et blanc, que ce soit en photo, en film ou en dessin. Chabouté armé d'un crayon noir devient un magicien face à une page blanche : point de nuance grise ou anthracite, seulement le noir et le blanc délimités par des traits nerveux, précis. Il a la même puissance d'évocation que Marc-Antoine Matthieu et Andréas. L'album se divise en chapîtres débutant chacun par un extrait du roman, calligraphiés à la plume d'antan. Peu de dialogues, des mots naissent des images, mais des images se dégagent les ambiances et dans les silences...
"Moby Dick" est un album bijou, la suite est déjà sortie, qui va s'y précipiter?
mardi 14 avril 2015
"Hey Joe" par Willy Deville (1992)
"Hey Joe" chanson mythique des années 60 mainte et mainte fois reprise dont ma version préférée demeure celle de Willy Deville même si d'habitude je ne suis guère mariachi. Alors pour les non anglophones ou les flemmards de la traduction, Joe est un gars du genre impulsif, passionné et malheureux en amour (sinon aucun intérêt d'en écrire une chanson) : sa belle est du genre volage aussi quand il l'apprend Joe ne se pose pas de question, il prend son fric et un flingue pour la tuer et s'enfuir au Mexique. Basique : amour, tromperie, vengeance, fuite. La narration est sous forme de dialogue, entre Joe pressé de partir et peut-être son meilleur ami, son cousin ou son voisin. Non ce que j'aime dans cette version (sans renier celle de Jimi Hendrix bien sûr) c'est cette légèreté à raconter un drame : à la fin de la chanson on n'a pas envie de se précipiter sur sa boîte de mouchoirs ou dans la Garonne, non on se dit que Joe va s'en tirer et aller faire ses bêtises ailleurs, car il ne changera jamais. Certes il ne vieillira probablement pas mais vivra fidèle à lui-même, et le premier à le contrarier saura qu'il a la gâchette facile.
lundi 30 mars 2015
"Les enquêtes du département V : Miséricorde" de M. Norgaard
Tout amateur de thriller connaît Jussi Adler-Olsen, auteur danois découvert grâce à la déferlante de ces romans venus du froid nordique, amorcée par Henning Mankell et vraiment popularisée par Stieg Larssen. De ce cher homme donc cinq volumes ont déjà été traduits, chacun attendu avec impatience. Son truc pour garder la fidélité de ses lecteurs? Ses personnages, un sacré duo (et plus tard un trio) : un inspecteur mis au placard et un assistant jusque là trimant à la paperasse.
Bonne nouvelle, les droits ont été rachetés pour le grand écran, voici donc le premier volet "Miséricorde".
Carl Morck n'est pas au mieux de sa forme : sa femme l'a quitté, ne veut même plus répondre à ses appels, et côté boulot ce n'est guère mieux. Une décision impulsive lors d'une intervention et le voilà avec un collège en moins et son meilleur ami paralysé. Relégué au sous-sol du commissariat dans un obscur et nouveau département, lui incombe désormais la tâche d'archiver de vieilles affaires. Pire, on lui impose Hafez el Hassad, un assistant d'origine syrienne aux goûts musicaux aussi bruyants que son café est infect. La cohabitation promet.
Une affaire vieille de cinq ans l'intrigue : la disparition d'une jeune polititienne, conclue en suicide mais sans corps retrouvé. Oh oh, pas normal cela, Carl décide envers et contre toute hiérarchie de rouvrir l'enquête. La suite, à vous d'aller voir.
L'adapation est est très plaisante : on retrouve la même complicité qui faisait le charme du roman dans ce duo que tout sépare. Carl Morck est un écorché vif, taciturne, têtu et bourru, ce qui en fait d'ailleurs un enquêteur hors pair. Quant à Assad, c'est encore tout un mystère, mais on le devine courageux et plein d'empathie pour autrui. Vivement la suite "Profanation", sortant d'ailleurs ces jours-ci car on devrait y retrouver un troisème personnage haut en couleur.
Bonne nouvelle, les droits ont été rachetés pour le grand écran, voici donc le premier volet "Miséricorde".
Carl Morck n'est pas au mieux de sa forme : sa femme l'a quitté, ne veut même plus répondre à ses appels, et côté boulot ce n'est guère mieux. Une décision impulsive lors d'une intervention et le voilà avec un collège en moins et son meilleur ami paralysé. Relégué au sous-sol du commissariat dans un obscur et nouveau département, lui incombe désormais la tâche d'archiver de vieilles affaires. Pire, on lui impose Hafez el Hassad, un assistant d'origine syrienne aux goûts musicaux aussi bruyants que son café est infect. La cohabitation promet.
Une affaire vieille de cinq ans l'intrigue : la disparition d'une jeune polititienne, conclue en suicide mais sans corps retrouvé. Oh oh, pas normal cela, Carl décide envers et contre toute hiérarchie de rouvrir l'enquête. La suite, à vous d'aller voir.
L'adapation est est très plaisante : on retrouve la même complicité qui faisait le charme du roman dans ce duo que tout sépare. Carl Morck est un écorché vif, taciturne, têtu et bourru, ce qui en fait d'ailleurs un enquêteur hors pair. Quant à Assad, c'est encore tout un mystère, mais on le devine courageux et plein d'empathie pour autrui. Vivement la suite "Profanation", sortant d'ailleurs ces jours-ci car on devrait y retrouver un troisème personnage haut en couleur.
dimanche 29 mars 2015
"Fortitude", saison 1 épisode 1 (Sky Atlantic)
Fortitude est une petite station scientifique au fin fond de l'Artique, donc décor blanc et glacial à perte de vue, aurores boréales et ours redoutables. Deux règles en font un endroit paisible : il faut avoir un toit et un boulot pour y vivre. Donc tout le monde a un travail, personne n'est pauvre, ainsi aucune délinquance ne règne, et la seule question qui s'impose à tout nouvel arrivant serait : "Le shérif est bon ou mauvais?" Une autre petite règle cependant, on ne meurt pas à Fortitude, si la vieillesse vous atteint, alors des mesures sont à envisager pour vous faire partir. Donc le seul danger pour la population viendrait du froid et des ours, ils vous mangent avant même votre dernier soupir.
Fortitude est gérée par un gouverneur, en l'occurrence ici une femme qui aimerait développer le tourisme en creusant un hôtel dans le glacier surplombant la petite ville, pour "les amoureux de la nature, les amoureux des aurores boréales et les amoureux tout court". Tout est prêt, les plans, la maquette, la conférence de presse, le discours, mais un rapport environnemental pourrait tout contrarier, celui du professeur Charlie Stoddart. Qu'a-t-il découvert dans ces montagnes de glace? Des ossements, des restes, mais de quelle étrange bestiole? Malheureusement il ne pourra plus rien dévoiler, sauvagement agressé, il mourra de ses blessures. Tout le monde pense de prime abord à l'attaque d'un ours, c'est vrai qu'ici seule la nature est assassine. Hélas la scène de crime révèle une autre vérité, finalement le shérif va pouvoir faire ses preuves. Et pour couronner le tout, débarquent en un temps record, juste à temps pour l'autopsie, un DCI de Londres et la désormais veuve du professeur (pas encore au fait de sa situation). Fortitude risque de vivre des jours agités...
"Fortitude" semble prometteuse avec son décor contemplatif, une ambiance feutrée, une galerie de personnages interprêtés avec justesse et un récit lent mais intriguant.
jeudi 19 mars 2015
"Freakangels tome 1" de W. Ellis et P. Duffield (Le Lombard), 2010.
Londres, une poignée d'années après la fin du monde, ressemble à Venise, les eaux ont envahi les quartiers. Des bandes en protègent chacune un et dans Whitechapel, ce sont les Freakangels. Particularité : ils sont 12, nés à la même heure quelques 20 ans auparavant, et ont développé des pouvoirs psychiques les liant à tout jamais. Chacun a sa propre personnalité, toute une galerie de personnages haut en couleur à découvrir dès ce premier tome. On devine bien que leur passé est trouble, non étranger à la situation post apocalyptique actuelle.
W. Ellis est une fois de plus un conteur né, son récit est tranquille, posé, avec des zones d'ombre qui devraient s'éclaircir au fil des tomes, ses héros ont un côté sale gosse super attachant. La mise en page est simple et efficace, pas plus de 4 cases par planche. Quant au dessin, il ne reflète en rien l'ambiance des lendemains de fin de monde : traits nets, proches de l'animation et couleurs claires, le tout très esthétique et épuré. 6 volumes en tout, disponibles, qu'on a hâte de dévorer.
mercredi 18 mars 2015
"Spotless" saison 1, épisode 1 (Canal +)
Jean Bastière, français, marié, deux enfants, une maîtresse, vit à Londres. Profession un peu surprenante : nettoyeur de scène de crime. Le ton est donné, "Spotless" serait donc une nouvelle série policière? Ben pas vraiment et tout à fait.
C'est un mix de "CSI" (une fois que les sexy et crédibles experts ont effectué leurs relevés et que le corps est parti à la morgue, donc à l'écran ne demeurent plus que le sang et autres fluides corporels et des fragments plus solides, exit le glamour), "Breaking Bad" (pas seulement tout l'attirail de pro mais surtout l'humour bien acide et noir, et l'absurde des situations), et "Ray Donovan" (histoire d'une famille avec ses secrets, pas encore dévoilés pour l'heure, juste esquissés, le retour du frère terrible, les liens indéfectibles et complexes).
Ce cher Jean donc mène un quotidien morose entre scène de crime et scène de ménage. A travailler autant il flirte avec le burn out, c'est que l'éducation à Londres coûte chère, et avec une femme au foyer faute d'emploi... Or débarque son frère aîné Martin, disparu des écrans radar depuis plusieurs années et plutôt du genre à créer des scènes de crime. D'ailleurs il ne vient pas seul mais accompagné d'un cadavre congelé à l'arrière de son van et d'une sombre histoire de traffic de drogue.
Et c'est parti pour des situations cauchemardesques, des rencontres de personnages haut en couleur, du gore, de l'humour féroce, le tout desservi par un casting judicieux. Prometteur, à suivre.
dimanche 19 janvier 2014
"The Fear" mini série en 4 épisodes (Channel 4)
Attention les enfants, usez de tous les moyens pour voir "The Fear", c'est une mini série, cela ne vous prendra pas trop de temps et ce ne sera que du bonheur, mais pas de la rigolade pour autant.
Richie Beckett règne en maître sur la station balnéaire de Brighton, plutôt du coté malhonnête et façon gangster de la vieille école, il aurait été plus à sa place à l'époque de la Prohibition. Aspirant à couler des jours plus tranquilles, il compte sur ses 2 fils pour reprendre ses affaires troubles, Cal jeune chien fou et Matty, plus réfléchi et favori. Or Brighton est convoité par des mafieux venus d'Albanie et pour eux la guerre est inscrite dans leur histoire, dans leur quotidien. Ainsi "The Fear" peut au premier abord sembler une lutte entre clans mafieux, un "Soprano" du vieux continent. Il y a plus et tout est dans le tître.
"The Fear" ou la peur, la crainte, le risque, le danger, des sentiments que nul ne souhaite ressentir et qui tous vont submerger Richie Beckett. Depuis quelques temps il ne semble plus lui même, il a toujours la hargne mais aussi des excès de violence incontrôlée et des moments d'absence inexplicable jusqu'au diagnostic : Alzheimer. De thriller, 'The Fear" glisse vers le drame intimiste sans concession sur la démence et la perte de soi. Au passage, Peter Mullan est magistral, on le savait déjà mais là il est au sommet de son art.
mercredi 16 octobre 2013
"Mauvaise étoile" de R. J. Ellory (Sonatine)
Certains débutent mal dans la vie, ainsi en est-il pour Elliot Dantziger (Digger) et Clarence Luckman (Clay), demi-frères grandissant dans l'Amérique des années 60. 1 an et 5 mois les séparent, et à part le même bleu des yeux, ils ne sauraient être plus différents, l'aîné frêle mais bagarreur, très protecteur envers son cadet, un rêveur se réfugiant dans la lecture. Ils ne profitent guère longtemps de leur mère, avant même qu'ils n'aient atteint l'âge de raison, l'un des pères la poignarde et 2 jours durant, Elliott et Clarence veillent sa dépouille, la croyant juste endormie. Suivront une enfance et une adolescence chaotiques, de centre de redressement en établissement pénitentier, rythmées par les réprimandes, les humiliations et les coups, Clay toujours dans l'ombre rassurante de Digger. Pour eux le mot liberté est un fantasme, un concept inimaginable jusqu'à leur rencontre avec Earl Sheridan.
Earl Sheridan est un tueur en série, destiné à la peine capitale et par un sombre hasard, en transfert pour une nuit sous le même toit que celui des demi-frères. Or Earl ne veut pas mourir de suite, il s'évade, prenant en otages Digger et Clay. Débute alors une fuite sauvage et sanglante, jalonnée de cadavres partout où passent les fugitifs, ils deviennent les ennemis publics à abattre, police, FBI... tous les uniformes bleus et costards noirs sont à leurs trousses. Alors que Digger voit en Earl une idole, un père spirituel révélant en lui sa vraie nature de psychopathe, Clay est tétanisé par cette incarnation du mal qui va lui enlever la seule personne qu'il aime depuis la mort de sa mère, son demi-frère. Comment cette chevauchée va-t-elle se poursuivre. Ensemble? Séparément? Combien encore d'atrocités, de bains de sang?
C'est à un road movie que ce bien aimé R. J. Ellory nous convie ici. Plongée dans l'Amérique profonde, ses petites villes perdues dans de grands espaces, rencontre avec ses autochtones, pour la plupart de gentilles personnes travaillant dur et le coeur sur la main placées là par malchance. "Mauvaise étoile" est un digne et magnifique roman noir sur les oubliés de l'amour, tour à tour violent et émouvant, au style direct très imagé.
Earl Sheridan est un tueur en série, destiné à la peine capitale et par un sombre hasard, en transfert pour une nuit sous le même toit que celui des demi-frères. Or Earl ne veut pas mourir de suite, il s'évade, prenant en otages Digger et Clay. Débute alors une fuite sauvage et sanglante, jalonnée de cadavres partout où passent les fugitifs, ils deviennent les ennemis publics à abattre, police, FBI... tous les uniformes bleus et costards noirs sont à leurs trousses. Alors que Digger voit en Earl une idole, un père spirituel révélant en lui sa vraie nature de psychopathe, Clay est tétanisé par cette incarnation du mal qui va lui enlever la seule personne qu'il aime depuis la mort de sa mère, son demi-frère. Comment cette chevauchée va-t-elle se poursuivre. Ensemble? Séparément? Combien encore d'atrocités, de bains de sang?
C'est à un road movie que ce bien aimé R. J. Ellory nous convie ici. Plongée dans l'Amérique profonde, ses petites villes perdues dans de grands espaces, rencontre avec ses autochtones, pour la plupart de gentilles personnes travaillant dur et le coeur sur la main placées là par malchance. "Mauvaise étoile" est un digne et magnifique roman noir sur les oubliés de l'amour, tour à tour violent et émouvant, au style direct très imagé.
vendredi 20 septembre 2013
"What remains" (BBC)
Coulthard Street est une tranquille rue de Londres avec des pavillons plutôt cossus. C'est dans l'un d'eux que David Basgallop a choisi de planter le décor de sa nouvelle mini série "What remains". 5 familles peuvent y cohabiter, pour l'heure un professeur de maths aussi austère que secret, un éditeur de presse tentant de refaire sa vie amoureuse, un couple orageux de lesbiennes branchées et tout nouveaux venus, de jeunes amoureux futurs parents. Il resterait un appartement vacant depuis longtemps mais personne ne semble s'en soucier. Or une infiltration d'eau va tout bouleverser. Que découvre-t-on dans le grenier? Les restes momifiés d'une jeune femme, la dernière occupante de ce fameux appartement. Elle s'appelait Melissa Young, et en avait hérité après la mort de sa mère. C'est l'inspecteur Len Harper qui prend en charge l'enquête, le début seulement car il est au seuil de la retraite. Néanmoins, devant le vif désintérêt de ses collègues pour en apparence un suicide, il va persévérer à l'insu de tous et pénétrer dans l'intimité de ce pavillon et de ses habitants.
"What remains" est donc un huis-clos, un jeu de Cluedo. Qui en voulait à cette jeune femme trop discrète qui aurait tant voulu lier des amitiés au lieu d'être un sujet de moqueries ou une passade d'une nuit? Mais c'est aussi une peinture de société, un constat sur la solitude et l'indifférence en milieu urbain.Len Harper, esseulé dans sa nouvelle vie de retraité, perce peu à peu les secrets nichés dans chacun de ces foyers et il faut bien avouer qu'ils sont plutôt glauques ou malsains. Quant au suspens, il est pour le moins rebondissant, même si le nombre de suspects est restreint, l'assassin n'est finalement jamais celui auquel on a pensé.
jeudi 12 septembre 2013
"Lulu femme nue" d'E. Davodeau (Futuropolis)
E. Davodeau je l'aime, depuis longtemps, depuis "Le constat" sorti en 1996 chez Dargaud. J'aime ses histoires de la France profonde, ses chroniques de gens ordinaires qui dans un quotidien gris s'efforcent de trouver une note colorée aussi fugitive soit elle. Ses albums sont toujours doux amers, avec des touches d'humour, de tendresse mais sachant chatouiller les points sensibles de la société contemporaine.
"Lulu femme nue" est une petite merveille du genre, impossible à refermer avant la planche finale, j'ai bien fait d'attendre que l'histoire soit complète, 2 albums.
Lulu est mariée, 3 enfants, et après tant d'années à les élever, impossible de retrouver un emploi. Son mari Tanguy est plutôt du style Bidochon, quant aux mômes, ils n'ont plus vraiment besoin qu'on les borde le soir. Rien de bien palpitant dans la vie de Lulu donc, et le monde du travail qui ne veut lui accorder aucune chance.
Un jour, Lulu trouve le courage de faire ce que peu ferait : sur un coup de tête et au hasard d'une rencontre, elle ne rentre pas à la maison. Durant presque 2 semaines, elle va errer le long de la côte, se vider la tête, vivre des moments inoubliables, d'autres difficiles, croiser des destinées autant à la dérive qu'elle, réapprendre à rire, à aimer, à transmettre... loin de l'agitation que son escapade suscite auprès des siens et de ses amis.
C'est lors d'une soirée que toute son aventure est révélée, cela se passe chez elle, les proches sont réunis pour parler de Lulu. Cela ressemble à une veillée funèbre, avec les bons et les mauvais souvenirs, du rire et des larmes, mais qui est étendu dans la maison?
E. Davodeau offre ici un magnifique portrait de femme désabusée mais courageuse qui pourrait être notre voisine, mais présente également toute une galerie de personnages secondaires attachants, plus ou moins compréhensifs envers l'escapade de Lulu mais tous touchés par cette espèce d'appel au secours. Son trait épuré et ses couleurs douces soulignent la simplicité et l'humanité de l'histoire qui ô jolie surprise devrait l'an prochain sortir adaptée au grand écran.
mercredi 28 août 2013
"Canada" de R. Ford (Ed. de l'Olivier)
Berner et Dell Parsons ont 15 ans en 1960. Ils sont jumeaux et vivent dans un coin perdu du Montana, Rock Spring. Leur famille est en apparence banale, ni dans la pauvreté extrème ni dans l'opulence, juste en dessous du niveau moyen, c'est à dire avec des dettes sans être à la rue. Leurs parents forment un couple mal assorti, lui un grand beau gosse, ancien de l'Air Force, d'un naturel charmeur et insouciant, elle, petit bout de femme introvertie sans grand charisme. Ils s'aiment tous beaucoup pourtant, chacun à leur manière.
Par un beau matin d'août, alors que les jumeaux dorment encore, les parents partent en virée dans l'Etat voisin, le Dakota du Nord, pensant avoir trouvé la solution pour renflouer leurs comptes. Mais qu'a-t-il bien pu se passer dans leurs têtes? Des gens si ordinaires, pas super honnêtes si on songe au trafic de viande du père, mais pas des truands non plus. Ne les voilà-t-il pas qu'ils se prennent le temps d'une journée pour Bonnie Parker et Clyde Burrow, en braquant une banque pour, en grands amateurs qu'ils sont, à peine une poignée de dollars (même pas 3000), et surtout, pour se faire arrêter quelques jours après chez eux, sous les regards ahuris de leurs enfants.
Livrés à eux-même, les autorités étant plus préoccupés par le sort des parents braqueurs, Berner et Dell décident de se séparer pour échapper à l'orphelinat, Berner fugue et Dell se laisse amener au Canada par une vague connaissance de sa mère. Là il travaille pour un homme étrange et fascinant, propriétaire d'une maison close, et c'est dans ce pays étranger, dans un environnement rude et des conditions spartiates que le tout jeune homme va prendre de la maturité et commencer une nouvelle vie.
R. Ford a ainsi choisi comme narrateur Dell pour son nouveau et puissant roman. "Canada" est autant une chronique de l'Amérique profonde qu'une interrogation sur la famille, sur la vie, qu'un parallèle de sa propre vie (cf la critique parue dans Libération du 18 août 2013). La première moitié est consacré à la vie des Parsons avant le coup de folie des parents, et la seconde raconte comment un ado peut survivre à un tel évènement, à l'éclatement de la cellule familiale, à son passage à l'âge adulte. "Canada" est une lecture magnifique,grave et émouvante.
Par un beau matin d'août, alors que les jumeaux dorment encore, les parents partent en virée dans l'Etat voisin, le Dakota du Nord, pensant avoir trouvé la solution pour renflouer leurs comptes. Mais qu'a-t-il bien pu se passer dans leurs têtes? Des gens si ordinaires, pas super honnêtes si on songe au trafic de viande du père, mais pas des truands non plus. Ne les voilà-t-il pas qu'ils se prennent le temps d'une journée pour Bonnie Parker et Clyde Burrow, en braquant une banque pour, en grands amateurs qu'ils sont, à peine une poignée de dollars (même pas 3000), et surtout, pour se faire arrêter quelques jours après chez eux, sous les regards ahuris de leurs enfants.
Livrés à eux-même, les autorités étant plus préoccupés par le sort des parents braqueurs, Berner et Dell décident de se séparer pour échapper à l'orphelinat, Berner fugue et Dell se laisse amener au Canada par une vague connaissance de sa mère. Là il travaille pour un homme étrange et fascinant, propriétaire d'une maison close, et c'est dans ce pays étranger, dans un environnement rude et des conditions spartiates que le tout jeune homme va prendre de la maturité et commencer une nouvelle vie.
R. Ford a ainsi choisi comme narrateur Dell pour son nouveau et puissant roman. "Canada" est autant une chronique de l'Amérique profonde qu'une interrogation sur la famille, sur la vie, qu'un parallèle de sa propre vie (cf la critique parue dans Libération du 18 août 2013). La première moitié est consacré à la vie des Parsons avant le coup de folie des parents, et la seconde raconte comment un ado peut survivre à un tel évènement, à l'éclatement de la cellule familiale, à son passage à l'âge adulte. "Canada" est une lecture magnifique,grave et émouvante.
lundi 29 juillet 2013
"Only God forgives" de N. Winding Refn
Ce film là, je l'attendais avec impatience depuis, et oui, "Drive", qui avait été un grand moment de cinéma à sa vision. "Only God forgives" est aussi scotchant par sa force, sa violence, son esthétique, sa musique.
Bangkok et ses bas fonds, Julian gère une salle de boxe pour mieux cacher d'autres négoces occultes. Il y vit avec son frère aîné Billy, qui a un certain penchant pour les prostituées, mineures ce qui en Thaïlande ne pose aucun problème. Un soir un de ses ébats tournent au cauchemar, il assassine une de ces jeunes malheureuses. Entre alors en scène un le flic, plus vengeur solitaire qu'enquêteur, qui brandit un sabre au lieu d'un automatique. Vengeance, Billy est retrouvé mort. Vengeance encore quand débarque la mère de Billy et Julian, Crystal. Quel personnage celle là! Belle, blonde, glaciale, plus mère castratrice que protectrice, la cougar à fuir mais qui hypnotise, semblant tout droit sortie de la mythologie grecque. Sensée récupérer le corps de son fils, elle réclame justice sanglante à son petit dernier.
Tout le film tourne autour de la vengeance. Le scénario est simple, digne de tout film sur la mafia, mais N. Winding Refn est un virtuose dans l'art de la narration : lenteur des séquences, plans serrés, musique obsédante... Il semble ne rien se passer mais on perçoit le malaise, et soudain la violence explose. On se croit dans un mauvais rêve et au détour d'une respiration le cauchemar vous coupe le souffle. Et que dire de l'interprétation sinon que R. Gosling est une fois de plus stupéfiant, même si on a l'habitude de voir sa petite gueule d'ange soudain extérioriser sa rage intérieure, mais le clou est bien K. Scott-Thomas, hallucinante et magistrale.
Bangkok et ses bas fonds, Julian gère une salle de boxe pour mieux cacher d'autres négoces occultes. Il y vit avec son frère aîné Billy, qui a un certain penchant pour les prostituées, mineures ce qui en Thaïlande ne pose aucun problème. Un soir un de ses ébats tournent au cauchemar, il assassine une de ces jeunes malheureuses. Entre alors en scène un le flic, plus vengeur solitaire qu'enquêteur, qui brandit un sabre au lieu d'un automatique. Vengeance, Billy est retrouvé mort. Vengeance encore quand débarque la mère de Billy et Julian, Crystal. Quel personnage celle là! Belle, blonde, glaciale, plus mère castratrice que protectrice, la cougar à fuir mais qui hypnotise, semblant tout droit sortie de la mythologie grecque. Sensée récupérer le corps de son fils, elle réclame justice sanglante à son petit dernier.
Tout le film tourne autour de la vengeance. Le scénario est simple, digne de tout film sur la mafia, mais N. Winding Refn est un virtuose dans l'art de la narration : lenteur des séquences, plans serrés, musique obsédante... Il semble ne rien se passer mais on perçoit le malaise, et soudain la violence explose. On se croit dans un mauvais rêve et au détour d'une respiration le cauchemar vous coupe le souffle. Et que dire de l'interprétation sinon que R. Gosling est une fois de plus stupéfiant, même si on a l'habitude de voir sa petite gueule d'ange soudain extérioriser sa rage intérieure, mais le clou est bien K. Scott-Thomas, hallucinante et magistrale.
lundi 15 juillet 2013
"Qui?"/J. Expert (Sonatine)
En mars 1994 s'est déroulé un terrible fait divers à Carpentras. Laetitia Doussaint, une jolie môme de 12 ans a été retrouvée morte, violée, défigurée, dans les bois alentours. L'affaire a fait la une des médias et a secoué à jamais toute une ville. Un suspect a été appréhendé, puis un deuxième qui s'est suicidé, aucun n'était le bon. Près de 20 ans après toujours aucun coupable arrêté.
2013, l'émission "Affaire non résolue" revient sur cette sombre histoire. C'est que dans l'ombre, certains n'oublient pas. Le commissaire Bouvard, persuadé d'avoir croisé l'assassin entre les couloirs du poste de police. Et Eugénie Vasseur, qui faisait partie du cercle d'amis de la famille Doussaint. En douce, tous 2 se rencontrent et partagent leurs intuitions, leurs doutes. Tout va se jouer le soir de la diffusion de l'émission, les souvenirs vont ressurgir et la vérité éclater.
"Qui?" est divisé en chapitres avec à chaque fois un narrateur différent. Le lecteur découvre vite qui est l'assassin puisqu'il se confesse. J. Expert nous fait partager l'intimité de 4 couples lors de ce qui pourrait être une banale soirée plateau télé. Comment un crime sordide a pu les rapprocher, les éloigner, les hanter. Il décortique aussi les coulisses d'un fait divers, le traumatisme, les suspicions les uns envers les autres, le déballage médiatique avec le talent de journaliste qu'on lui connaît. Le style est simple, précis, imagé, efficace. Portrait sans concession de la France profonde, cela aurait pu se arrivé à côté de chez nous.
2013, l'émission "Affaire non résolue" revient sur cette sombre histoire. C'est que dans l'ombre, certains n'oublient pas. Le commissaire Bouvard, persuadé d'avoir croisé l'assassin entre les couloirs du poste de police. Et Eugénie Vasseur, qui faisait partie du cercle d'amis de la famille Doussaint. En douce, tous 2 se rencontrent et partagent leurs intuitions, leurs doutes. Tout va se jouer le soir de la diffusion de l'émission, les souvenirs vont ressurgir et la vérité éclater.
"Qui?" est divisé en chapitres avec à chaque fois un narrateur différent. Le lecteur découvre vite qui est l'assassin puisqu'il se confesse. J. Expert nous fait partager l'intimité de 4 couples lors de ce qui pourrait être une banale soirée plateau télé. Comment un crime sordide a pu les rapprocher, les éloigner, les hanter. Il décortique aussi les coulisses d'un fait divers, le traumatisme, les suspicions les uns envers les autres, le déballage médiatique avec le talent de journaliste qu'on lui connaît. Le style est simple, précis, imagé, efficace. Portrait sans concession de la France profonde, cela aurait pu se arrivé à côté de chez nous.
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